Spécialiste de la coiffure tressée depuis plus de 7 ans, Séphora Joannes se définit avant tout comme une artiste capillaire. Son inspiration, elle la puise dans les coiffures ancestrales africaines, qu’elle remet au goût du jour en y apportant une touche futuriste. Son style unique, aux confins de l’œuvre d’art et de la science fiction, lui a valu la reconnaissance de ses pairs dans le domaine de la Haute Coiffure. Rencontre avec une artiste passionnée et passionnante, qui sublime les chevelures qui croisent ses doigts de fée.

Racontez-nous comment vous êtes devenue artiste capillaire.

 

J’ai toujours aimé l’art. Je me suis formée à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts et je me destinais en premier lieu à une carrière d’artiste plasticienne. En parallèle, après des années à défriser mes cheveux, j’ai décidé de revenir à ma texture naturelle (crépue, ndlr). C’était en 2009. Cela a été une révélation pour moi : j’ai redécouvert mes cheveux, leur beauté, et j’ai eu envie d’expérimenter des choses sur eux. Cela a plu à mon entourage et progressivement, j’ai commencé à coiffer d’autres personnes, juste pour le plaisir.

Ce qui n’était qu’un hobbie au départ a pris de plus en plus d’ampleur dans mon quotidien. J’ai alors envisagé d’en faire une activité à part entière. Mon amour pour l’art m’a rattrapée : je me suis naturellement orientée vers des créations tressées artistiques. Le 8 septembre 2012, j’organisais mon premier défilé de Haute Coiffure. Depuis, je suis régulièrement sollicitée dans le cadre d’événements beauté pour sublimer les modèles avec mes coiffures futuristes.

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Comment décririez-vous votre rapport au cheveu ?

 

Je suis fascinée par le cheveu, et de manière générale, par le poil. En retrouvant ma texture naturelle, j’ai été subjuguée par la découverte de cette masse foisonnante que j’avais sur la tête ! Dans mon esprit, le cheveu est une matière sculptable au sein duquel la tresse devient un élément graphique. Il est question ici de fibre capillaire. Or qui dit fibre, dit création à l’infini.

 

Quelle différence faites-vous entre une artiste capillaire et une coiffeuse traditionnelle ?

 

De la même façon que la Haute Couture se distingue du prêt-à-porter, la Haute Coiffure se distingue de la coiffure traditionnelle. Les réalisations d’un artiste capillaire ne sont pas faites pour être portées au quotidien, mais plutôt pour être présentées dans le cadre de shows ou d’autres événements de ce type. À travers ses créations, l’artiste capillaire cherche à susciter une émotion, à déclencher des interrogations chez les spectateurs…

“Toute coiffure tressée que je conçois commence par une réflexion artistique”,

Séphora Joannes, hair artist.

Mon travail s’articule ainsi autour d’une réflexion sur les symboles africains ; on y retrouve des éléments comme des spirales, des chiffres, de la sculpture contemporaine… Certaines de mes coiffures vont même jusqu’à défier les lois de la gravité. En fait, toute création tressée que je conçois commence par une réflexion artistique.

 

Alors que le métissage est une réalité dans les centre-ville, Tressalia propose le 1er bar à tresses cosmopolite à Lyon ! Comment analysez-vous le “communautarisme” qui persiste encore dans le secteur de la coiffure en France ?

 

Je pense qu’il s’agit avant tout d’une question pratique et technique. Les cheveux frisés à crépus ne nécessitent pas les mêmes traitements que les cheveux lisses à ondulés. En France, les formations diplômantes n’intègrent même pas le soin du cheveu crépu. Dans ce contexte, il apparaît plus pratique pour certains salons de coiffure de se spécialiser sur un type de cheveux.

Je pense qu’il y a aussi une question de culture. L’ambiance peut varier du tout au tout entre un salon spécialiste des cheveux crépus (“salon afro”) et un salon dédié au soin des cheveux caucasiens. Les standards ne sont pas les mêmes. Avec Tressalia, votre défi sera donc de faire se rencontrer deux clientèles qui n’ont pas l’habitude de se croiser. Proposer un bar à tresses pour tous, qui épouse les codes des lieux de vie d’aujourd’hui, sans faire de compromis sur le standing, c’est assez novateur. Ca apporte un vent de fraîcheur dans le secteur de la coiffure !

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Que diriez-vous à Céline, habitante du quartier Brotteaux, qui n’ose pas porter des tresses africaines ?

 

(Rires). Si Céline trouve les tresses africaines jolies, qu’elle souhaite en porter pour se faire plaisir, et que le modèle choisi lui va bien, je lui dirai d’y aller, mais d’être prudente ! Techniquement, le cheveu caucasien est plus épais que le cheveu crépu. Néanmoins, certains cheveux caucasiens ont une densité ne permettant pas de supporter la traction effectuée sur le cuir chevelu. Si Céline a les cheveux trop fins, je lui conseillerais donc de s’orienter vers d’autres types de coiffures tressées, plus lâches, qui seront davantage adaptées à sa chevelure, comme la tresse épi ou la tresse égyptienne.

Séphora, où peut-on vous retrouver ?

 

Sur mon site internet, sephorajoannes.com et dans mon salon à domicile, en région parisienne : en plus de mon activité d’artiste capillaire, je suis aussi tresseuse pour professionnels et particuliers !

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